«Découvrir une autre culture ; apprendre une langue
étrangère; défendre un projet»…nombreuses sont les motivations des jeunes
volontaires. S’il y a « autant de Services que de volontaires »,
l’engagement – personnel mais aussi citoyen – est l’un des fondements du
Service Volontaire Européen*. Christian, parti en Slovaquie pour un SVE de
11 mois, y est resté pour poursuivre l’aventure : histoire d’un engagement
parmi tant d’autres.
Expérimenté en 1996 et 1997, le
SVE est devenu un programme à part entière en 1998. Il constitue un des
principaux volets du programme européen Jeunesse 2000-2006. Le principe
: un jeune volontaire, âgé de 18 à 25 ans, participe dans un Etat autre
que celui où il réside, à une activité non lucrative revêtant de
l’importance pour la collectivité. Environ 330 jeunes sont ainsi
accueillis chaque année sur des projets SVE en France ; dans le même
temps, 450 jeunes partent de France pour un projet identique. Chez Léo
Lagrange, c’est Inter Echanges qui coordonne l’envoi et l’accueil des
volontaires : en mai 1998, le 1er jeune volontaire européen est parti
par son intermédiaire. Ce fut aussi le cas de Christian, il y a près de
3 ans. Etudiant en maîtrise de développement local, il entend parler du
SVE « un peu par hasard ». Il prend contact avec Inter Echanges. C’est
le début de l’histoire. « Je voulais être travailleur social, ce qui est
une forme d’engagement en soi. Le SVE est venu nourrir et concrétiser
cette envie » explique-t-il. Quel aspect fut déterminant dans son choix
? « le type de projet » affirme-t-il sans l’ombre d’une hésitation : «
je voulais faire le lien entre mes connaissances universitaires, mon
objectif professionnel à caractère social et le milieu culturel que je
ne connaissais pas mais qui m’attirait ». Par ailleurs, Christian avait
une préférence pour l’associatif, « une petite structure dynamique loin
des institutions bien établies ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Christian
consulte la liste des associations d’accueil et des projets auprès
d’Inter Echanges et arrête son choix : ce sera « Truc Sphérique »
association Slovaque engagée dans la promotion de l’art contemporain,
très en lien avec la population.
La volonté farouche de s’impliquer

La définition du projet de départ était assez souple : implication dans
le quotidien de l’association ; animation d’ateliers créatifs et un «
espace libre » réservé à toute idée ou projet que Christian souhaiterait
développer. Après un temps d’adaptation lié notamment à l’apprentissage
de la langue, deux mois essentiellement consacrés à l’observation furent
nécessaires : « très rapidement il a fallu être pro-actif ; proposer,
demander, prendre mon projet en main » note Christian. « On m’a ouvert
les portes tout de suite : j’ai été rapidement intégré à toutes les
réunions, les ateliers ; j’ai pu comprendre les gens avec lesquels je
travaillais ». Sa première vraie mission fût l’animation d’un atelier
créatif pour enfant : malgré son BAFA et une envie évidente de
communiquer, Christian avoue que ce fut assez superficiel au départ en
raison de la barrière linguistique. Passés les trois premiers mois, il a
commencé à investir son espace libre pour engager le projet qui lui
tenait vraiment à cœur : « tenter le pari de l’activité artistique
auprès d’un public en difficulté ». Il s’est lancé à la découverte de
l’outil photographique : de balbutiements en perfectionnement, le projet
a pris corps peu à peu dans son esprit. Projet qui s’est vraiment
affirmé pendant l’été où l’occasion lui a été donnée d’opérer une «
rupture totale » en partant en reportage en Europe de l’Est. Se
définissant alors comme « le gaulois en Slovaquie » , il avoue que cette
étape lui a redonné de l’énergie pour aller au bout de l’aventure SVE.
C’est à son retour qu’il a rencontré l’association Nota Bene, une
structure travaillant auprès de SDF ; « ils publiaient un magazine de
rue de qualité et cherchaient à développer d’autres activités avec ce
public en difficulté. J’ai utilisé mon savoir-faire tout neuf pour
lancer un atelier photo avec eux, en accord avec Truc Sphérique, mon
association d’accueil. Pour Christian, le travail social ne consiste pas
uniquement à satisfaire les besoins vitaux : « c’est aussi faire
renaître rêves et désirs ». L’essentiel résidait donc dans l’expérience
humaine partagée.
Sur la voie d’un engagement durable

« A l’issu de cette expérience, je sentais que j’avais mené l’expérience
SVE jusqu’au bout : je pouvais rentrer sans regrets » explique
Christian. L’histoire aurait donc pu s’arrêter là. Pourtant, quand
l’opportunité de rester s’est présentée, Christian n’a pas hésité. «Je
n’aurai jamais eu cette chance sans le SVE, mais il faut aussi une
volonté d’engagement personnel : le SVE ouvre des portes mais n’apporte
pas de solutions clef en main. C’était l’occasion pour moi de coller à
un rêve d’engagement ». Aujourd’hui Christian, installé à Zilina,
s’investit totalement dans l’action socioculturelle. Il s’est impliqué
dans la transformation d’une gare ferroviaire en centre culturel : «
Stanica, un lieu pluridisciplinaire de vie, de socialisation et de
culture comme j’en rêvais ». Il a reçu une aide financière de la
Fondation européenne de la culture, de l’Ambassade de Norvège et du
Conseil de l’Europe. L’inauguration en septembre 2004 fut l’occasion
d’un grand rassemblement : 60 jeunes issus de 11 pays différents.
Depuis, Christian est responsable du pôle jeunesse, de l’accueil et de
l’envoi de volontaires, des ateliers artistiques et de la coordination
du programme « Art for social change ». L’objectif : faire travailler
des jeunes européens avec des artistes professionnels engagés. Au delà,
Christian nourrit l’ambition de fédérer plusieurs centres culturels et
artistiques d’Europe Centrale dans le cadre du Programme Jeunesse
Européen. « Mon activité actuelle est un engagement total : ce n’est pas
une question de parti mais un choix de vie ; la volonté d’être utile
socialement. Nous travaillons sans cesse à transmettre un message
alternatif, à donner des raisons d’être fiers d’être slovaque ». Une
conviction partagée par Catherine, jeune volontaire actuellement
impliquée sur le projet Stanica : «grâce au SVE, j’ai réalisé qu’ici
tout est possible, malgré les difficultés, les politiques culturelles
quasi inexistantes et un maire d’extrême droite au pouvoir à Zilina ».
Des obstacles qui ne font pas peur à Christian : « ici l’engagement
associatif prend tout son sens ».
Transmettre son expérience

A bien y réfléchir, le SVE de Christian n’aurait-il pas des allures
d’expérience idéale ? « Surtout pas » rétorque-t-il. « Mon expérience
n’a pas valeur de modèle. Je suis un référent, pas une référence».
D’ailleurs, il y a eu des moments difficiles, des doutes, des objectifs
partiellement atteints. Christian reste lucide : chaque expérience est
unique. Elle dépend de la volonté de départ de chacun, du projet et de
l’association d’accueil. Quoiqu’il en soit, même si l’expérience est
parfois décevante, même si elle ne débouche pas sur un engagement
ultérieur, on apprend forcément quelque chose et on revient avec une
autre lecture du monde : «c‘est le plus bel outil d’intégration
européenne. L’Europe prend un autre sens ». Une philosophie du SVE que
Christian s’efforce de transmettre aux jeunes volontaires avec lesquels
il est en contact : « le SVE permet d’apprendre autant sur soi que sur
l’autre culture ; on gagne en maturité ; sans déterminer forcément un
projet de vie ou une volonté d’engagement, ça permet d’élargir les choix
». En témoigne Catherine, actuellement volontaire : « Je pense que
l’expérience SVE influe sur la personnalité du volontaire qui devient
plus responsable, plus curieux, plus créatif et qui prend finalement
plus d’initiatives ». Quant à l’engagement ? « Il y a un échange
permanent dans le volontariat (…) S’engager c’est prendre du plaisir à
contribuer au développement d’un projet et s’épanouir personnellement».
D’une grande richesse et plus simple d’accès que d’autres programmes
d’échanges européens, le SVE demande donc un engagement réciproque du
volontaire et de l’association d’accueil : « sur ce terrain, nous
travaillons à ce que les choses progressent » expliquent en choeur
Christian et Bénédicte Flichy (Inter Echanges), parties prenantes du
groupe de travail sur le futur Programme Jeunesse (2007-2013). Veiller à
l’intérêt des projets, soutenir les associations d’accueil, ouvrir le
programme à des associations spécialisées dans des domaines précis tels
que l’environnement mais aussi à des jeunes dits en difficultés…Autant
de marges de progrès en discussion qui donneraient aux jeunes
volontaires l’énergie de s’engager toujours plus.
Contact

Benedicte.Flichy@leolagrange.org
Liens

Votre association souhaite accueillir un jeune volontaire ? Vous avez
un projet à proposer ? Inter Echanges peut vous guider :
interechanges.sve@leolagrange.org