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Le service volontaire européen : porte ouverte vers l’engagement ?
Supplément Web de l'article paru dans Léo N°3, p. 7, printemps. 2005

La volonté farouche de s’impliquer
Sur la voie d’un engagement durable
Transmettre son expérience
Contact
Liens
 

«Découvrir une autre culture ; apprendre une langue étrangère; défendre un projet»…nombreuses sont les motivations des jeunes volontaires. S’il y a « autant de Services que de volontaires », l’engagement – personnel mais aussi citoyen – est l’un des fondements du Service Volontaire Européen*. Christian, parti en Slovaquie pour un SVE de 11 mois, y est resté pour poursuivre l’aventure : histoire d’un engagement parmi tant d’autres.

Expérimenté en 1996 et 1997, le SVE est devenu un programme à part entière en 1998. Il constitue un des principaux volets du programme européen Jeunesse 2000-2006. Le principe : un jeune volontaire, âgé de 18 à 25 ans, participe dans un Etat autre que celui où il réside, à une activité non lucrative revêtant de l’importance pour la collectivité. Environ 330 jeunes sont ainsi accueillis chaque année sur des projets SVE en France ; dans le même temps, 450 jeunes partent de France pour un projet identique. Chez Léo Lagrange, c’est Inter Echanges qui coordonne l’envoi et l’accueil des volontaires : en mai 1998, le 1er jeune volontaire européen est parti par son intermédiaire. Ce fut aussi le cas de Christian, il y a près de 3 ans. Etudiant en maîtrise de développement local, il entend parler du SVE « un peu par hasard ». Il prend contact avec Inter Echanges. C’est le début de l’histoire. « Je voulais être travailleur social, ce qui est une forme d’engagement en soi. Le SVE est venu nourrir et concrétiser cette envie » explique-t-il. Quel aspect fut déterminant dans son choix ? « le type de projet » affirme-t-il sans l’ombre d’une hésitation : « je voulais faire le lien entre mes connaissances universitaires, mon objectif professionnel à caractère social et le milieu culturel que je ne connaissais pas mais qui m’attirait ». Par ailleurs, Christian avait une préférence pour l’associatif, « une petite structure dynamique loin des institutions bien établies ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Christian consulte la liste des associations d’accueil et des projets auprès d’Inter Echanges et arrête son choix : ce sera « Truc Sphérique » association Slovaque engagée dans la promotion de l’art contemporain, très en lien avec la population.


La volonté farouche de s’impliquer

La définition du projet de départ était assez souple : implication dans le quotidien de l’association ; animation d’ateliers créatifs et un « espace libre » réservé à toute idée ou projet que Christian souhaiterait développer. Après un temps d’adaptation lié notamment à l’apprentissage de la langue, deux mois essentiellement consacrés à l’observation furent nécessaires : « très rapidement il a fallu être pro-actif ; proposer, demander, prendre mon projet en main » note Christian. « On m’a ouvert les portes tout de suite : j’ai été rapidement intégré à toutes les réunions, les ateliers ; j’ai pu comprendre les gens avec lesquels je travaillais ». Sa première vraie mission fût l’animation d’un atelier créatif pour enfant : malgré son BAFA et une envie évidente de communiquer, Christian avoue que ce fut assez superficiel au départ en raison de la barrière linguistique. Passés les trois premiers mois, il a commencé à investir son espace libre pour engager le projet qui lui tenait vraiment à cœur : « tenter le pari de l’activité artistique auprès d’un public en difficulté ». Il s’est lancé à la découverte de l’outil photographique : de balbutiements en perfectionnement, le projet a pris corps peu à peu dans son esprit. Projet qui s’est vraiment affirmé pendant l’été où l’occasion lui a été donnée d’opérer une « rupture totale » en partant en reportage en Europe de l’Est. Se définissant alors comme « le gaulois en Slovaquie » , il avoue que cette étape lui a redonné de l’énergie pour aller au bout de l’aventure SVE. C’est à son retour qu’il a rencontré l’association Nota Bene, une structure travaillant auprès de SDF ; « ils publiaient un magazine de rue de qualité et cherchaient à développer d’autres activités avec ce public en difficulté. J’ai utilisé mon savoir-faire tout neuf pour lancer un atelier photo avec eux, en accord avec Truc Sphérique, mon association d’accueil. Pour Christian, le travail social ne consiste pas uniquement à satisfaire les besoins vitaux : « c’est aussi faire renaître rêves et désirs ». L’essentiel résidait donc dans l’expérience humaine partagée.


Sur la voie d’un engagement durable

« A l’issu de cette expérience, je sentais que j’avais mené l’expérience SVE jusqu’au bout : je pouvais rentrer sans regrets » explique Christian. L’histoire aurait donc pu s’arrêter là. Pourtant, quand l’opportunité de rester s’est présentée, Christian n’a pas hésité. «Je n’aurai jamais eu cette chance sans le SVE, mais il faut aussi une volonté d’engagement personnel : le SVE ouvre des portes mais n’apporte pas de solutions clef en main. C’était l’occasion pour moi de coller à un rêve d’engagement ». Aujourd’hui Christian, installé à Zilina, s’investit totalement dans l’action socioculturelle. Il s’est impliqué dans la transformation d’une gare ferroviaire en centre culturel : « Stanica, un lieu pluridisciplinaire de vie, de socialisation et de culture comme j’en rêvais ». Il a reçu une aide financière de la Fondation européenne de la culture, de l’Ambassade de Norvège et du Conseil de l’Europe. L’inauguration en septembre 2004 fut l’occasion d’un grand rassemblement : 60 jeunes issus de 11 pays différents. Depuis, Christian est responsable du pôle jeunesse, de l’accueil et de l’envoi de volontaires, des ateliers artistiques et de la coordination du programme « Art for social change ». L’objectif : faire travailler des jeunes européens avec des artistes professionnels engagés. Au delà, Christian nourrit l’ambition de fédérer plusieurs centres culturels et artistiques d’Europe Centrale dans le cadre du Programme Jeunesse Européen. « Mon activité actuelle est un engagement total : ce n’est pas une question de parti mais un choix de vie ; la volonté d’être utile socialement. Nous travaillons sans cesse à transmettre un message alternatif, à donner des raisons d’être fiers d’être slovaque ». Une conviction partagée par Catherine, jeune volontaire actuellement impliquée sur le projet Stanica : «grâce au SVE, j’ai réalisé qu’ici tout est possible, malgré les difficultés, les politiques culturelles quasi inexistantes et un maire d’extrême droite au pouvoir à Zilina ». Des obstacles qui ne font pas peur à Christian : « ici l’engagement associatif prend tout son sens ».


Transmettre son expérience

A bien y réfléchir, le SVE de Christian n’aurait-il pas des allures d’expérience idéale ? « Surtout pas » rétorque-t-il. « Mon expérience n’a pas valeur de modèle. Je suis un référent, pas une référence». D’ailleurs, il y a eu des moments difficiles, des doutes, des objectifs partiellement atteints. Christian reste lucide : chaque expérience est unique. Elle dépend de la volonté de départ de chacun, du projet et de l’association d’accueil. Quoiqu’il en soit, même si l’expérience est parfois décevante, même si elle ne débouche pas sur un engagement ultérieur, on apprend forcément quelque chose et on revient avec une autre lecture du monde : «c‘est le plus bel outil d’intégration européenne. L’Europe prend un autre sens ». Une philosophie du SVE que Christian s’efforce de transmettre aux jeunes volontaires avec lesquels il est en contact : « le SVE permet d’apprendre autant sur soi que sur l’autre culture ; on gagne en maturité ; sans déterminer forcément un projet de vie ou une volonté d’engagement, ça permet d’élargir les choix ». En témoigne Catherine, actuellement volontaire : « Je pense que l’expérience SVE influe sur la personnalité du volontaire qui devient plus responsable, plus curieux, plus créatif et qui prend finalement plus d’initiatives ». Quant à l’engagement ? « Il y a un échange permanent dans le volontariat (…) S’engager c’est prendre du plaisir à contribuer au développement d’un projet et s’épanouir personnellement».
D’une grande richesse et plus simple d’accès que d’autres programmes d’échanges européens, le SVE demande donc un engagement réciproque du volontaire et de l’association d’accueil : « sur ce terrain, nous travaillons à ce que les choses progressent » expliquent en choeur Christian et Bénédicte Flichy (Inter Echanges), parties prenantes du groupe de travail sur le futur Programme Jeunesse (2007-2013). Veiller à l’intérêt des projets, soutenir les associations d’accueil, ouvrir le programme à des associations spécialisées dans des domaines précis tels que l’environnement mais aussi à des jeunes dits en difficultés…Autant de marges de progrès en discussion qui donneraient aux jeunes volontaires l’énergie de s’engager toujours plus.


Contact

Benedicte.Flichy@leolagrange.org


Liens

Votre association souhaite accueillir un jeune volontaire ? Vous avez un projet à proposer ? Inter Echanges peut vous guider : interechanges.sve@leolagrange.org

 

Le service volontaire européen : porte ouverte vers l’engagement ?
Supplément Web de l'article paru dans Léo N°3, p. 7 , printemps 2005