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L’Economie sociale : secteur porteur pour des jeunes en quête de sens ?
Supplément Web de l'article paru dans Léo N°3, p. 20, printemps. 2005

3 questions à Frédéric MASSOT, 32 ans, Secrétaire Général du CJDES (Centre des jeunes dirigeants et des acteurs de l’Economie sociale). Il exerce son activité professionnelle comme chef de produit à la Macif.

 

Les jeunes auraient un idéal : travailler sans pour autant renoncer à leurs aspirations et à leurs valeurs. Combiner efficacité économique et projet social ; conjuguer utilité collective et épanouissement professionnel : un doux rêve ? Pas si l’on en croit Frédéric Massot, jeune acteur de l’Economie sociale…Avis aux jeunes en quête de sens...

Que diriez vous si vous deviez expliquer l’Economie sociale aux jeunes ?
L’Economie sociale est, à mon sens, le seul modèle où s’exerce pleinement la démocratie dans l’entreprise : non pas la démocratie de l’actionnaire, mais celle dans laquelle un homme ou une femme égale une voix ; où savoir-faire et savoir être s’équilibrent. Cela est possible car les entreprises de l’Economie sociale ne sont pas dépendantes d’une politique de résultat : la redistribution des bénéfices aux actionnaires n’est pas le seul indicateur économique de la santé de ces entreprises. La logique est celle d’une stratégie visant à pérenniser les ressources humaines et matérielles engagées. On répond au mieux à un besoin social et cette réponse se construit dans le temps et dans le lien de proximité instauré avec les bénéficiaires : l’entreprise de l’Economie sociale n’existe pas en dehors du territoire. Je leur dirais donc que le choix de travailler pour ce type d’ entreprises concrétise le fait que mon travail est directement utile pour la société qui m’emploie mais aussi pour la Société au sens plein du terme. Pour résumer, si je devais définir en trois lignes force l’Economie Sociale, je dirais : humanité, proximité et réussite économique inscrite dans la durée.

En quoi ces spécificités peuvent-elles être porteuses de sens pour les jeunes ?
L’Economie sociale est une possibilité pour les jeunes dans la mesure où elle est en cohérence avec leurs aspirations et leurs valeurs. Ils sont de plus en plus nombreux à s’engager dans des actions humanitaires, à vouloir reconstruire du lien social, de la solidarité : c’est un secteur qui permet d’allier engagements personnels et vie professionnelle. La notion d’entreprise n’est pas remise en cause chez les jeunes ; ce qui est contesté c’est l’entreprise inhumaine, incertaine. Il me semble que l’Economie sociale offre l’opportunité de travailler dans un secteur porteur, pérenne, avec peu de risques de délocalisations, loin des effets pervers inhérents au système capitaliste. A cela, ajoutons les valeurs de ce secteur qui mettent l’homme au centre des débats : les jeunes ont généralement envie d’apporter à la fois humanité et professionnalisme à l’entreprise. L’Economie sociale a donc tous les atouts pour intéresser des jeunes qui ont envie de s’investir dans un projet collectif. A l’inverse, il ne s’agit pas non plus de leur donner une vision idéalisée de l’Economie sociale : comme partout, il y a des faiblesses, des dysfonctionnements et des choses à améliorer. L’Economie sociale n’est pas statique, elle se questionne et tend à évoluer.

Précisément, comment l’Economie Sociale peut-elle faire davantage valoir ses atouts auprès des jeunes ?
Il y a une opportunité historique des deux côtés. Les entreprises de l’Economie sociale, après l’âge d’or des Trente Glorieuses, ont aujourd’hui besoin de renouveler leurs ressources humaines. Certains secteurs, comme les services à la personne, dont on parle beaucoup, vont se développer. On cite souvent l’exemple du soutien scolaire ; tout n’est pas « trusté » par le privé : Domicours, soutenu par de grandes structures de l’Economie sociale, offre une prestation de qualité dans ce secteur. Il est important de souligner que les entrepreneurs de l’Economie sociale n’attendent pas le grand soir ; nous sommes déjà présents et nous le serons demain davantage encore : il s’agit de dire aux jeunes qu’une autre voie existe et qu’elle a besoin d’eux pour mettre en œuvre les projets d’avenir. Par ailleurs, on constate que le monde universitaire s’approprie de plus en plus l’Economie sociale : des troisièmes cycles spécifiques voient le jour. Il faut aller dans les universités parler aux jeunes. Récemment, j’ai rencontré des étudiants à Strasbourg lors d’une conférence intitulée « Entreprendre autrement », en partenariat avec Alternatives Economiques : le public était composé d’étudiants engagés et d’autres qui étaient là sans plus de conviction. A la fin des échanges, nombreux sont ceux qui m’ont dit : « on n’avait pas compris quelle était votre différence, car tout est organisé autour du modèle capitaliste ». C’est dans l’échange que l’on construit la compréhension. Il faut que le choix de l’Economie sociale soit de plus en plus naturel pour ceux qui y travaillent ainsi que pour les bénéficiaires. Seule la poursuite de l’action et l’interpénétration du tissu social le permettront. Il doit avant tout y avoir des preuves d’Economie sociale. Mettre en œuvre les valeurs que l’on porte est essentiel…les jeunes sont particulièrement exigeants à ce propos ; ils ont raison.

Définition de l'économie sociale

"L'économie sociale se compose d'activités économiques exercées par des sociétés, principalement coopératives, des mutualités et des associations dont l'éthique se traduit par les principes suivants:

  • Finalité de service aux membres ou à la collectivité plutôt que de profit,

  • Autonomie de gestion,

  • Processus de décision démocratique,

  • Primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des revenus."

En France, le secteur de l’Economie sociale emploie 1,7 million de personnes.

Liens

Librairie de l´économie sociale et de l'économie solidaire,
http://cidcspes.free.fr/
Conseil des Entreprises et Groupements de l'Economie Sociale
www.ceges.org/
Ces territoires méconnus de l’économie sociale et solidaire
www.monde-diplomatique.fr/2000/07/MOTCHANE/13942
Difficile mobilisation pour l’économie sociale européenne
http://www.politis.fr/article1108.html
Centre des jeunes dirigeants et des acteurs de l’Economie sociale
www.cjdes.org

 

L’Economie sociale : secteur porteur pour des jeunes en quête de sens ?
Supplément Web de l'article paru dans Léo N°3, p. 20, printemps 2005