Les jeunes auraient un idéal : travailler sans pour autant renoncer à
leurs aspirations et à leurs valeurs. Combiner efficacité économique et
projet social ; conjuguer utilité collective et épanouissement
professionnel : un doux rêve ? Pas si l’on en croit Frédéric Massot,
jeune acteur de l’Economie sociale…Avis aux jeunes en quête de sens...
Que diriez vous si vous deviez expliquer l’Economie sociale aux
jeunes ?
L’Economie sociale est, à mon sens, le seul modèle où s’exerce
pleinement la démocratie dans l’entreprise : non pas la démocratie de
l’actionnaire, mais celle dans laquelle un homme ou une femme égale une
voix ; où savoir-faire et savoir être s’équilibrent. Cela est possible
car les entreprises de l’Economie sociale ne sont pas dépendantes d’une
politique de résultat : la redistribution des bénéfices aux actionnaires
n’est pas le seul indicateur économique de la santé de ces entreprises.
La logique est celle d’une stratégie visant à pérenniser les ressources
humaines et matérielles engagées. On répond au mieux à un besoin social
et cette réponse se construit dans le temps et dans le lien de proximité
instauré avec les bénéficiaires : l’entreprise de l’Economie sociale
n’existe pas en dehors du territoire. Je leur dirais donc que le choix
de travailler pour ce type d’ entreprises concrétise le fait que mon
travail est directement utile pour la société qui m’emploie mais aussi
pour la Société au sens plein du terme. Pour résumer, si je devais
définir en trois lignes force l’Economie Sociale, je dirais : humanité,
proximité et réussite économique inscrite dans la durée.
En quoi ces spécificités peuvent-elles être porteuses de sens pour
les jeunes ?
L’Economie sociale est une possibilité pour les jeunes dans la mesure où
elle est en cohérence avec leurs aspirations et leurs valeurs. Ils sont
de plus en plus nombreux à s’engager dans des actions humanitaires, à
vouloir reconstruire du lien social, de la solidarité : c’est un secteur
qui permet d’allier engagements personnels et vie professionnelle. La
notion d’entreprise n’est pas remise en cause chez les jeunes ; ce qui
est contesté c’est l’entreprise inhumaine, incertaine. Il me semble que
l’Economie sociale offre l’opportunité de travailler dans un secteur
porteur, pérenne, avec peu de risques de délocalisations, loin des
effets pervers inhérents au système capitaliste. A cela, ajoutons les
valeurs de ce secteur qui mettent l’homme au centre des débats : les
jeunes ont généralement envie d’apporter à la fois humanité et
professionnalisme à l’entreprise. L’Economie sociale a donc tous les
atouts pour intéresser des jeunes qui ont envie de s’investir dans un
projet collectif. A l’inverse, il ne s’agit pas non plus de leur donner
une vision idéalisée de l’Economie sociale : comme partout, il y a des
faiblesses, des dysfonctionnements et des choses à améliorer. L’Economie
sociale n’est pas statique, elle se questionne et tend à évoluer.
Précisément, comment l’Economie Sociale peut-elle faire davantage
valoir ses atouts auprès des jeunes ?
Il y a une opportunité historique des deux côtés. Les entreprises de
l’Economie sociale, après l’âge d’or des Trente Glorieuses, ont
aujourd’hui besoin de renouveler leurs ressources humaines. Certains
secteurs, comme les services à la personne, dont on parle beaucoup, vont
se développer. On cite souvent l’exemple du soutien scolaire ; tout
n’est pas « trusté » par le privé : Domicours, soutenu par de grandes
structures de l’Economie sociale, offre une prestation de qualité dans
ce secteur. Il est important de souligner que les entrepreneurs de
l’Economie sociale n’attendent pas le grand soir ; nous sommes déjà
présents et nous le serons demain davantage encore : il s’agit de dire
aux jeunes qu’une autre voie existe et qu’elle a besoin d’eux pour
mettre en œuvre les projets d’avenir. Par ailleurs, on constate que le
monde universitaire s’approprie de plus en plus l’Economie sociale : des
troisièmes cycles spécifiques voient le jour. Il faut aller dans les
universités parler aux jeunes. Récemment, j’ai rencontré des étudiants à
Strasbourg lors d’une conférence intitulée « Entreprendre autrement »,
en partenariat avec Alternatives Economiques : le public était composé
d’étudiants engagés et d’autres qui étaient là sans plus de conviction.
A la fin des échanges, nombreux sont ceux qui m’ont dit : « on n’avait
pas compris quelle était votre différence, car tout est organisé autour
du modèle capitaliste ». C’est dans l’échange que l’on construit la
compréhension. Il faut que le choix de l’Economie sociale soit de plus
en plus naturel pour ceux qui y travaillent ainsi que pour les
bénéficiaires. Seule la poursuite de l’action et l’interpénétration du
tissu social le permettront. Il doit avant tout y avoir des preuves
d’Economie sociale. Mettre en œuvre les valeurs que l’on porte est
essentiel…les jeunes sont particulièrement exigeants à ce propos ; ils
ont raison.
Définition de l'économie sociale
"L'économie sociale se compose d'activités économiques exercées par des
sociétés, principalement coopératives, des mutualités et des
associations dont l'éthique se traduit par les principes suivants:
Finalité de service aux membres ou à la collectivité plutôt que de
profit,
Autonomie de gestion,
Processus de décision démocratique,
Primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition
des revenus."
En France, le secteur de l’Economie sociale emploie 1,7 million de
personnes.
Liens
Librairie de l´économie sociale et de l'économie solidaire,
http://cidcspes.free.fr/
Conseil des Entreprises et Groupements de l'Economie Sociale
www.ceges.org/
Ces territoires méconnus de l’économie sociale et solidaire
www.monde-diplomatique.fr/2000/07/MOTCHANE/13942
Difficile mobilisation pour l’économie sociale européenne
http://www.politis.fr/article1108.html
Centre des jeunes dirigeants et des acteurs de l’Economie sociale
www.cjdes.org